
À Vancouver, un inconnu se disant le père d’une fillette de 5 ans l’a nommée à sa garderie, sans qu’on la lui remette.
Quelqu’un se présente à votre porte, nomme un enfant et dit être son parent. Votre équipe sait-elle quoi faire ? C’est arrivé le 13 décembre 2023, vers 15 h 30, dans une garderie en milieu familial de l’est de Vancouver qui accueille des enfants après l’école. Un homme a frappé à la porte en disant être le père d’une fillette de 5 ans inscrite à la garderie, et il l’a désignée par son nom. L’enfant était justement sortie avec le personnel. L’homme est reparti. Le personnel, aussitôt méfiant, a joint les parents puis appelé la police. Les parents n’étaient pas venus chercher leur fille et, selon la police, personne d’autre n’était censé connaître cet arrangement de garde.
On ne sait pas comment cet homme a su le nom de l’enfant ni où elle se faisait garder, et aucune fuite de données n’a été établie. C’est ce qui rend ce cas utile pour vous. Il ne parle pas d’informatique. Il parle du moment où un renseignement sur un enfant arrive à votre porte, dans la bouche de quelqu’un que vous ne connaissez pas. Si ça vous arrive un jour, votre équipe aura besoin d’un réflexe appris d’avance, pas improvisé à la porte.
Ce qui s’est passé
Tous les faits ci-dessous proviennent du communiqué du Service de police de Vancouver (VPD) du 5 janvier 2024. CBC News, CTV News et Global News l’ont repris le même jour sans ajouter de faits nouveaux : il s’agit donc, pour l’essentiel, d’une seule source, officielle.
- 13 décembre 2023, vers 15 h 30 : un homme frappe à la porte d’une garderie en milieu familial offrant de la garde après l’école et parle à la fille de l’exploitante de la garderie. Il affirme être le père d’une fillette de 5 ans qui fréquente la garderie et la nomme.
- Le même après-midi : la fillette est à l’extérieur avec le personnel de la garderie. L’homme repart sans l’enfant, en faisant un commentaire sur le fait d’appeler la gardienne (« the nanny »). Le personnel, immédiatement méfiant, en parle aux parents, puis signale l’incident à la police.
- Du 13 décembre 2023 au 5 janvier 2024 : les enquêteurs travaillent avec la famille et le personnel, font du porte-à-porte dans le voisinage pour trouver des témoins et des images vidéo, et parlent aux autres familles de la garderie.
- 5 janvier 2024 : le VPD lance un appel public, à l’approche du retour à l’école et de la réouverture des garderies. Il diffuse un portrait-robot de l’homme et la photo d’une voiture vue dans le secteur, en précisant ne pas l’avoir reliée à l’incident à ce stade.
Nous n’avons trouvé aucune mise à jour publique annonçant l’identification de l’homme, une arrestation ou une explication sur l’origine de ses renseignements. L’affaire est décrite par la police comme une tentative d’attirer un enfant : ce sont des allégations, et l’homme n’a pas été identifié.
Les données touchées
Aucune base de données, aucun courriel, aucun compte n’est en cause dans ce que la police a publié. Ce que l’homme savait, selon le communiqué :
- le nom de la fillette ;
- le fait qu’elle fréquentait cette garderie en particulier ;
- le lien parent-enfant qu’il prétendait avoir, puisqu’il s’est présenté comme son père.
Le communiqué ne précise pas si l’homme connaissait aussi l’horaire de l’enfant, ni s’il s’agissait du prénom seul ou du nom complet. Il ne dit pas non plus d’où pouvait venir l’information. La phrase centrale du porte-parole du VPD est celle-ci : « We’ve confirmed that neither of the girl’s parents had come to pick her up that afternoon, and that nobody else should have been aware of the child-care arrangement. » En substance : aucun des parents n’était venu la chercher, et personne d’autre n’aurait dû connaître l’arrangement de garde.

Ce qu’en disent les parents, les experts et les autorités
Les réactions publiées sont minces. Aucun parent de la garderie ni aucun expert n’a été cité dans les reportages repérés. La seule voix est celle de la police.
Le porte-parole du VPD a qualifié l’affaire de préoccupante : la police enquêtait activement depuis plus de trois semaines sans connaître l’identité de l’inconnu, et la nature de l’incident était, selon lui, une source d’inquiétude. Il a expliqué que l’appel public visait le retour à l’école et la réouverture des garderies après les Fêtes.
Le communiqué décrit aussi ce qui a fonctionné : le personnel a été méfiant sur-le-champ, a parlé aux parents et a appelé la police. L’enfant n’a jamais été remise à l’inconnu.
Ce que ça enseigne à un CPE québécois
La liste des personnes autorisées est une obligation, pas une formalité. L’article 122 du Règlement sur les services de garde éducatifs à l’enfance exige une fiche d’inscription pour chaque enfant, qui contient notamment les nom, adresse et numéro de téléphone du parent et ceux d’une personne autorisée à venir chercher l’enfant. Cette fiche est signée par le parent et conservée sur les lieux. C’est l’outil de référence à la porte, en installation comme en milieu familial.
Ce que sait un inconnu sur un enfant, c’est un renseignement personnel. La fréquentation d’un enfant à tel service de garde, son nom, ses heures d’arrivée et de départ concernent une personne physique identifiable : ce sont des renseignements personnels au sens de l’article 2 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé. Ils ne doivent être accessibles qu’au personnel qui en a besoin (article 20), protégés par des mesures raisonnables (article 10), et leur diffusion, par exemple dans une publication Facebook, demande un consentement valide (article 14). Notre article sur le consentement photo et Facebook en détaille les conditions.
Un incident de confidentialité seulement si l’information vient de chez vous. Si vous découvrez que le nom et le lieu de garde d’un enfant ont été communiqués sans autorisation à partir de votre service de garde (une liste égarée, une publication, un message transféré), c’est un incident au sens de l’article 3.6 : registre, évaluation du risque, avis si le risque de préjudice est sérieux. Dans le cas de Vancouver, rien de tel n’a été établi.
Le droit diffère, mais pas le réflexe. L’affaire de Vancouver relève d’une enquête policière, pas d’une décision d’un commissaire à la vie privée. Le communiqué ne précise d’ailleurs pas le statut de la garderie au regard des règles britanno-colombiennes. Au Québec, la fiche d’inscription et la liste des personnes autorisées sont prévues par le règlement ; le geste de ne rien remettre et d’appeler le parent, lui, est le même partout.
Ce que ça change pour votre service de garde
- Gardez la liste des personnes autorisées à jour. Revoyez-la avec chaque famille à la rentrée et à chaque changement de situation familiale. Quand un parent vous remet une ordonnance ou une entente qui limite l’accès d’une personne, notez-la aussi. C’est cette liste que votre équipe consultera à la porte : elle doit être exacte. Délai : à la prochaine mise à jour des fiches.
- Demandez une pièce d’identité à toute personne que vous ne connaissez pas. Même si elle connaît le nom de l’enfant, celui des parents et l’horaire. C’est la leçon centrale de ce cas : connaître un nom ne prouve rien. Dites-le clairement à votre équipe : vérifier, ce n’est pas manquer de politesse.
- Rappelez toujours le parent au numéro inscrit au dossier. Jamais au numéro donné par la personne à la porte, ni à celui d’un texto qui vient d’arriver. Si vous ne joignez personne, l’enfant reste avec vous, même si la personne insiste.
- Proposez un mot de passe familial. Le parent choisit un mot que vous êtes seuls à connaître, lui et vous, et toute personne non habituelle qui vient chercher l’enfant doit le donner. Coût : nul. Inscrivez-le sur la fiche, pas sur le babillard.
- Formez tous ceux qui peuvent ouvrir la porte. À Vancouver, c’est la fille de l’exploitante qui a répondu. En milieu familial, l’assistante, la remplaçante et les membres de la maisonnée qui pourraient répondre doivent connaître la consigne. Elle tient en une phrase : « Je ne peux rien vous dire ni vous remettre ; je dois appeler les parents. »
- Ne publiez jamais ensemble le nom, le visage et le lieu. Passez en revue la page Facebook et l’infolettre : pas de prénom sous une photo publique, pas de crochet de vestiaire avec un nom lisible dans le cadre, pas d’horaire de sortie annoncé. Moins il y a d’information en ligne, moins un inconnu en a à répéter à votre porte. Voyez aussi ce qui est arrivé chez Kido au Royaume-Uni, où des photos et adresses d’enfants ont été publiées par des pirates.
- Consignez et signalez. Notez l’heure, la description de la personne et ses paroles exactes, appelez la police, avisez les parents et, si vous êtes responsable en milieu familial, votre bureau coordonnateur. En cas de danger immédiat : 911. Des notes prises sur le moment valent mieux qu’un souvenir reconstitué le lendemain.
Si vous utilisez une application pour l’arrivée et le départ des enfants, vérifiez aussi qui voit ces informations, comme l’explique notre article sur le parcours des données d’un enfant.
Foire aux questions
Une personne connaît le nom de l’enfant et de ses parents : puis-je la laisser repartir avec lui ?
Non, si elle n’est pas inscrite comme personne autorisée et que le parent ne l’a pas confirmé directement au numéro du dossier. L’inconnu de Vancouver connaissait le nom de l’enfant et se disait son père.
Un parent m’avise à la dernière minute qu’une nouvelle personne viendra : que faire ?
Demandez la confirmation par un canal connu (appel au numéro du dossier ou message dans l’application habituelle), le nom complet de la personne, puis vérifiez sa pièce d’identité à son arrivée. Consignez-le au dossier.
Doit-on aviser la Commission d’accès à l’information après un tel événement ?
Seulement s’il y a eu un incident de confidentialité de votre côté, c’est-à-dire si des renseignements ont été communiqués ou perdus à partir de votre service de garde. Une personne qui se présente à la porte relève d’abord de la police et des parents.
Faut-il prévenir les autres familles ?
Discutez-en avec la police : à Vancouver, les enquêteurs ont parlé eux-mêmes aux autres familles de la garderie. Un message aux parents doit rester factuel et ne jamais identifier l’enfant concerné ni sa famille.
Ce blogue est publié par Amisgest Technologie inc., éditeur de logiciels pour les services de garde éducatifs. Les faits rapportés ici proviennent de sources publiques citées en fin d’article. Une erreur à signaler ? Écrivez à [email protected].
Sources
- Vancouver Police Department, communiqué du 5 janvier 2024 : enquête sur un incident suspect dans une garderie de l’est de Vancouver
- CBC News, 5 janvier 2024
- CTV News Vancouver, 5 janvier 2024
- Global News, 5 janvier 2024
- Règlement sur les services de garde éducatifs à l’enfance (RLRQ, c. S-4.1.1, r. 2), art. 122, LégisQuébec
- Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (RLRQ, c. P-39.1), art. 2, 3.6, 10, 14 et 20, LégisQuébec
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