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Cybersécurité Petite Enfance

Faille de sécurité Par Eric Rousseau · 7 mars 2025 · 10 min de lecture
Rails de train jouet en bois qui se croisent sur un plancher de bois franc
En bref

De Sherbrooke à Baie-Comeau, de fausses places en garderie ont visé des parents en 2024-2025, parfois avec l’adresse d’une vraie RSGE.

En février 2025, une jeune mère de Baie-Comeau cherche une place pour son bébé dans un groupe Facebook de parents. Une annonce lui répond. Par courriel, l’annonceur lui demande 250 $ pour « réserver » la place, en invoquant un fort achalandage, raconte Le Manic. Elle flaire l’arnaque et refuse de payer. Le détail qui frappe : selon les informations du journal, l’annonceur utilisait l’adresse d’une véritable garderie en milieu familial de Baie-Comeau, dont la responsable n’était au courant de rien.

Ce n’était pas un cas isolé. Entre mai 2024 et février 2025, des médias de l’Estrie, du Saguenay et de la Côte-Nord ont rapporté le même stratagème, jusqu’à une mise en garde du ministère de la Famille. Aucun système n’a été piraté : ce qui a été détourné, c’est la confiance des parents, et parfois l’adresse d’un service de garde bien réel.

Ce qui s’est passé

  • Mai 2024, Sherbrooke : une mère sherbrookoise voit passer l’annonce d’une nouvelle garderie privée au nom rassurant. Elle remplit une fiche d’inscription pour son fils et verse 170 $ par virement Interac. Quand elle se présente à l’adresse indiquée, elle trouve un immeuble d’appartements, puis n’a plus jamais de nouvelles, selon Radio-Canada (2 juillet 2024).
  • Août 2024, Chicoutimi : dans un groupe Facebook d’entraide pour trouver une place, une « garderie privée » annonce cinq places à 45 $ par jour et exige un dépôt de 200 $, présenté comme remboursable, pour une simple visite. Une mère paie sous la pression d’un délai ; une autre refuse (Radio-Canada, 29 août 2024).
  • Fin décembre 2024, Magog : une fausse garderie annonce une ouverture pour le 20 janvier sur une page Facebook locale. Après une prise de rendez-vous, elle réclame 250 à 300 $ par virement Interac avant toute visite et refuse de dévoiler son adresse sans dépôt (Radio-Canada, 3 janvier 2025 ; Le Reflet du Lac, 13 janvier 2025).
  • Février 2025, Baie-Comeau : annonces dans les groupes Facebook de parents de la Manicouagan, demande de 250 $ par courriel, adresse réelle d’un milieu familial (Le Manic, 25 février 2025). Le directeur général du Regroupement des CPE de la Côte-Nord confirme à Radio-Canada que plusieurs parents ont été sollicités (article du 1er mars 2025).
  • 6 mars 2025 : le ministère de la Famille lance un appel à la prudence sur ses réseaux sociaux, rapporte Le Manic.

Le scénario se répète : une annonce soignée là où les parents cherchent, un tarif plausible, un courriel chaleureux, puis une demande d’argent pour « réserver » ou « visiter », avec un délai serré. À Magog, la police juge possible que le texte de l’annonce ait été copié d’une garderie existante.

Porte double blanche ouverte sur une pièce vide au plancher de bois clair
Une place annoncée sur Facebook peut ne mener nulle part : la visite vient toujours avant tout paiement.

Les données touchées

Il n’y a pas eu de vol de base de données. Les pertes sont modestes, mais réelles : 170 $ pour la mère de Sherbrooke, 200 $ pour la mère de Chicoutimi, selon Radio-Canada. À Magog, Le Reflet du Lac fait état d’au moins un témoignage anonyme publié en ligne par un parent qui aurait payé ; aucune plainte officielle n’avait été déposée à la Régie de police de Memphrémagog au 13 janvier 2025. À Baie-Comeau, aucune transaction n’a été confirmée, si bien que la Sûreté du Québec n’a pas ouvert d’enquête, selon le Regroupement des CPE de la Côte-Nord.

Deux éléments concernent directement la protection des renseignements personnels.

  • Des données d’enfants remises à des fraudeurs. À Sherbrooke, la mère a rempli une fiche d’inscription pour son fils avant de payer. Les fraudeurs ont donc obtenu des renseignements sur un enfant et sa famille, en plus de l’argent.
  • Une identité de service de garde détournée. À Baie-Comeau, l’adresse d’une RSGE reconnue a servi d’appât. Ses systèmes n’ont pas été touchés, mais sa réputation, et celle du réseau, l’ont été.

Ce qu’en disent les parents, les experts et les autorités

Le ministère de la Famille, cité par Le Manic le 6 mars 2025 : « Nous désirons rappeler aux parents qu’il est interdit, pour un service de garde, de percevoir un montant ou de demander un acompte avant le premier jour de fréquentation d’un enfant, par exemple pour réserver une place ». Il recommande de vérifier l’offre avant d’y répondre et invite à signaler toute offre frauduleuse par son formulaire de plainte.

Le bureau coordonnateur. La directrice générale du BC CPE Magimuse a réagi dès que le cas lui a été signalé : « C’est la première fois que je suis mise au courant d’une telle situation ici dans la Manicouagan » (Le Manic). Ses conseils aux parents : ne jamais payer de frais d’avance ou d’inscription, vérifier le profil Facebook de l’annonceur, demander à visiter. À Radio-Canada, elle ajoute qu’une demande d’acompte « devrait sonner une cloche », invite les parents à valider les services reconnus auprès du bureau coordonnateur de leur région et rappelle que La Place 0-5 est le guichet unique pour s’inscrire sur la liste d’attente.

Les regroupements de CPE. Le directeur général du Regroupement des CPE de la Côte-Nord explique à Radio-Canada que les fraudeurs s’invitent dans les groupes Facebook dédiés à la recherche de places et ont utilisé l’adresse réelle d’un milieu familial ; il invite toute victime à porter plainte. En Estrie, la directrice générale du Regroupement des CPE des Cantons-de-l’Est tranche : « Ce n’est pas légal et on ne devrait pas faire ça ». Elle conseille d’aller voir les lieux : une garderie sur le point d’ouvrir devrait avoir une cour aménagée et clôturée.

La police. Un lieutenant de la Régie de police de Memphrémagog, au Reflet du Lac : « Des fraudes qui demandent des dépôts par virement interac, c’est assez fréquent. » Une fois l’argent envoyé, rappelle-t-il, il est pratiquement impossible de le récupérer. À Saguenay, le porte-parole du service de police n’avait reçu aucune plainte en août 2024.

Les parents. Les mères interrogées décrivent des courriels très bien rédigés, rassurants, puis la pression du délai. La mère de Chicoutimi qui a payé confie à Radio-Canada sa honte d’être tombée dans le panneau. Selon Radio-Canada, l’Office de la protection du consommateur considère comme illégal d’exiger un dépôt pour visiter une garderie ou obtenir une place.

Ce que ça enseigne à un CPE québécois

Ces arnaques ne visent pas votre réseau informatique, mais ce que vous représentez. La pénurie de places est l’appât ; le nom, l’adresse ou le texte d’un vrai service de garde servent de déguisement. Le jour où un parent appelle pour « confirmer sa réservation de 250 $ », c’est votre réputation qui est en jeu.

Le cadre est clair : selon le ministère de la Famille, aucun service de garde ne peut percevoir de montant ni demander d’acompte avant le premier jour de fréquentation. Selon le BC CPE Magimuse, La Place 0-5 est le guichet unique pour s’inscrire sur la liste d’attente, et les bureaux coordonnateurs savent quelles RSGE sont reconnues sur leur territoire, puisque l’article 59 de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance les oblige à en tenir le registre.

Le cas de Sherbrooke rappelle aussi une règle de protection des renseignements personnels : une fiche d’inscription envoyée à un inconnu, c’est une fuite. Un processus d’inscription clair, toujours le même, habitue les parents à ne pas remplir de fiche à la demande de n’importe qui.

Ce que ça change pour votre service de garde

  1. Publiez votre règle, en une phrase. Sur votre site, votre page Facebook et dans votre message de boîte vocale : « Nous ne demandons jamais de dépôt pour réserver ou visiter. Les places passent par La Place 0-5 [ou : par notre bureau coordonnateur]. » Délai : cette semaine. Coût : nul.
  2. Préparez la réponse au parent qui appelle. Un court texte pour la réception : remercier, confirmer que l’annonce n’est pas la vôtre, conseiller de ne pas payer, de conserver les captures d’écran et de porter plainte. Noter la date, l’heure et le lien de l’annonce. Cinq minutes de préparation.
  3. Si votre nom ou votre adresse est usurpé, agissez le jour même. Faites des captures d’écran datées de l’annonce et du profil, signalez la publication et le profil à Facebook pour usurpation, prévenez votre bureau coordonnateur et votre regroupement régional, publiez une mise en garde sur vos propres canaux et signalez l’offre au ministère de la Famille par son formulaire de plainte. Si un parent a payé, invitez-le à porter plainte à la police.
  4. Surveillez votre nom une fois par mois. Cherchez le nom de votre CPE ou de votre milieu familial, votre adresse et votre numéro de téléphone dans Facebook et dans un moteur de recherche. Les groupes de recherche de places de votre région méritent un coup d’œil régulier. Quinze minutes, aucun coût.
  5. Ne faites jamais remplir de fiche d’inscription avant une offre officielle. Pas de formulaire envoyé à l’aveugle, pas de fiche par Messenger. La fiche d’inscription se remplit une fois la place confirmée, par le canal habituel.
  6. Aidez votre liste d’attente à reconnaître le piège. Un rappel dans vos communications : aucun dépôt, toujours une visite des lieux, vérification auprès du bureau coordonnateur ou du ministère. Ces trois réflexes déjouent le scénario décrit dans chacun des cas rapportés.
  7. Protégez vos propres comptes. Une page Facebook de CPE piratée serait l’outil parfait pour ce genre d’arnaque. Activez l’authentification à deux facteurs pour chaque administrateur, comme l’explique notre article sur la double authentification en trois questions, et relisez nos conseils sur la page Facebook du CPE et le consentement photo.

Foire aux questions

Un service de garde peut-il demander un dépôt pour réserver une place ?

Non. Le ministère de la Famille rappelle qu’il est interdit, pour un service de garde, de percevoir un montant ou de demander un acompte avant le premier jour de fréquentation d’un enfant, par exemple pour réserver une place. Selon Radio-Canada, l’Office de la protection du consommateur considère aussi ces dépôts comme illégaux.

Mon adresse de RSGE apparaît dans une fausse annonce. Que faire ?

Conservez des captures d’écran datées, signalez la publication à Facebook, prévenez votre bureau coordonnateur et votre regroupement, publiez une mise en garde sur vos canaux et signalez l’offre au ministère de la Famille. Les parents qui ont payé doivent porter plainte à la police.

Ces arnaques sont-elles une fuite de données ?

Pas au sens d’un piratage. Mais à Sherbrooke, une mère a rempli une fiche d’inscription pour son fils avant de payer : des renseignements sur un enfant ont été remis à des fraudeurs, en plus de l’argent.

Comment un parent peut-il vérifier qu’une place est réelle ?

En visitant les lieux avant tout paiement, en vérifiant auprès du bureau coordonnateur de la région qu’une RSGE est reconnue, et en passant par La Place 0-5, le guichet unique pour la liste d’attente, comme l’a rappelé le BC CPE Magimuse.

Transparence

Ce blogue est publié par Amisgest Technologie inc., éditeur de logiciels pour les services de garde éducatifs. Les faits rapportés ici proviennent de sources publiques citées en fin d’article. Une erreur à signaler ? Écrivez à [email protected].

Sources

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