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Cybersécurité Petite Enfance

Générale Par Eric Rousseau · 18 février 2023 · Mis à jour le 31 octobre 2026 · 8 min de lecture
Grande salle de jeu lumineuse et vide avec un pouf rembourré, une maison de poupée en bois et des jouets rangés sur une étagère
En bref

Les tout-petits ont déjà une identité numérique : dossiers, photos, renseignements médicaux. La cybersécurité des services de garde les protège directement. Pour la sécurité en ligne, les références sont le Centre canadien de protection de l’enfance et Pensez cybersécurité, pas In-Sec-M.

La cybersécurité aide les petits enfants du Québec surtout de façon indirecte : en protégeant les renseignements personnels que les services de garde et les familles détiennent sur eux, et en outillant les adultes qui les entourent. Avant d’aller plus loin, corrigeons une erreur qui se trouvait dans l’ancienne version de cet article : In-Sec-M n’est pas un organisme de protection des enfants en ligne, mais la grappe industrielle canadienne de la cybersécurité, qui regroupe des entreprises du secteur. Pour la protection des enfants, il existe d’autres ressources, bien réelles celles-là, et des obligations légales précises pour votre milieu.

Main d'un tout-petit qui manipule un cube jaune sur un jouet à boulier coloré

Un enfant de deux ans n’a pas de compte en ligne, mais son dossier, ses photos et sa fiche santé existent déjà dans vos systèmes.

Mise au point : qui fait quoi

In-Sec-M est un organisme à but non lucratif de Gatineau qui fédère les entreprises, centres de recherche et institutions du secteur canadien de la cybersécurité. Il n’offre ni programmes pour enfants ni outils de contrôle parental. Le confondre avec un organisme de protection de l’enfance, comme le faisait l’ancienne version de ce billet, c’était induire les lecteurs en erreur.

Pour la sécurité des enfants en ligne, la référence au Canada est le Centre canadien de protection de l’enfance, un organisme de bienfaisance enregistré qui gère Cyberaide.ca, la centrale canadienne de signalement de l’exploitation sexuelle des enfants sur Internet. L’ampleur du problème se mesure : Cyberaide.ca reçoit plus de 2 200 signalements par mois, et son Projet Arachnid adresse en moyenne 20 000 demandes de suppression d’images par jour aux hébergeurs du monde entier. Le Centre rapporte aussi que les signalements de leurre informatique ont augmenté de 300 % au cours des cinq dernières années. À cela s’ajoute la campagne fédérale Pensez cybersécurité, qui vulgarise les bons réflexes numériques pour toute la famille, et le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, qui publie 12 conseils aux parents sur la vie privée en ligne.

Protéger les données des tout-petits, c’est les protéger eux

Un poupon n’a pas de compte TikTok, mais il a déjà une identité numérique : un dossier d’inscription, des renseignements médicaux, des photos, une adresse, des informations sur sa famille. Ces données vivent dans les systèmes de votre service de garde, chez vos fournisseurs de logiciels et dans les téléphones des parents. La Loi 25 en tient compte : la Commission d’accès à l’information rappelle que les renseignements d’un mineur de moins de 14 ans ne peuvent plus être recueillis auprès de lui sans le consentement du titulaire de l’autorité parentale, que chaque organisation doit tenir un registre des incidents de confidentialité, et qu’une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée est exigée avant tout projet d’acquisition ou de refonte d’un système d’information (principaux changements de la Loi 25). Les sanctions administratives peuvent atteindre 10 millions de dollars ou 2 % du chiffre d’affaires mondial.

Les conséquences d’une fuite sont bien concrètes, et le Québec en a déjà vécu. En mai 2021, un intrus a téléchargé les dossiers d’environ 5 000 enfants inscrits à La Place 0-5, le guichet unique des places en garderie ; l’affaire s’est conclue par un règlement d’action collective de 250 000 $. Le 7 octobre 2025, l’application HopHop, utilisée par des centaines d’écoles et de services de garde pour aviser qu’un parent s’en vient, a été débranchée le jour même où Radio-Canada a montré qu’un expert accédait facilement aux noms, photos, téléphones et courriels des parents. Et en septembre 2025, des pirates ont publié les photos et adresses d’environ 8 000 enfants d’une chaîne de garderies britannique, Kido, avant d’appeler des parents. Fraude à l’identité qui peut passer inaperçue pendant des années, exposition d’une situation familiale délicate, photos qui circulent sans consentement : la cybersécurité d’un service de garde, c’est littéralement de la protection de l’enfance.

Outiller les adultes autour des enfants

Les tout-petits ne se protégeront pas eux-mêmes en ligne : ce sont les adultes qui tiennent ce rôle. Les éducatrices et le personnel administratif gagnent à reconnaître un courriel d’hameçonnage, puisque c’est souvent par là que les attaques commencent. Les parents, eux, peuvent s’appuyer sur des ressources gratuites et en français. Pensez cybersécurité conseille par exemple d’apprendre aux enfants à se méfier de toute demande d’information « peu importe à quel point l’offre est bonne », à demander la permission avant de télécharger ou d’installer n’importe quel fichier, et aux parents d’installer un antivirus sur tous les appareils de la famille (La cybersécurité pour les enfants : une introduction). Pour les questions plus délicates liées à l’exploitation en ligne, le Centre canadien de protection de l’enfance offre aussi le programme Enfants avertis et le service AidezMoiSVP.ca.

Un exemple concret dans un CPE

Imaginons un CPE de Sherbrooke de 80 places. Une éducatrice prend chaque jour des photos des enfants avec son téléphone personnel et les envoie aux parents par une application de messagerie, parce que c’est plus rapide que la plateforme du CPE. Son téléphone est volé dans un centre commercial un samedi ; il n’a pas de code de verrouillage. Trois cents photos d’enfants, avec les prénoms et le nom du CPE en arrière-plan, sont maintenant entre les mains d’un inconnu. La direction doit inscrire l’incident au registre, évaluer le préjudice, aviser les 80 familles et, selon le risque, la Commission d’accès à l’information. Dans la version où le CPE a une politique de photos, les images sont prises avec les tablettes du milieu, verrouillées par code et effacées après téléversement sur la plateforme approuvée, et le téléphone volé ne contient rien. La politique a pris une réunion d’équipe de 30 minutes à expliquer, six mois plus tôt.

Ce que ça change pour votre service de garde

  1. Traitez vos dossiers d’enfants comme des documents précieux. Comptes individuels, mots de passe robustes, double authentification sur le logiciel de gestion et le courriel, accès limités au nécessaire. Une demi-journée avec votre technicien, aucun coût d’abonnement supplémentaire dans la plupart des cas.
  2. Encadrez les photos par écrit. Consentement signé des parents au dossier, appareils du milieu seulement, verrouillés par code, téléversement sur la plateforme approuvée et effacement de l’appareil, jamais de partage sur les comptes personnels du personnel. Une page de politique, une réunion de 30 minutes.
  3. Vérifiez vos fournisseurs avant de leur confier les données. Où sont hébergées les données, qui y a accès, quel délai d’avis en cas d’incident : les 12 questions à poser à votre fournisseur tiennent sur deux pages. Deux heures, par écrit, avant chaque nouveau contrat.
  4. Faites le ménage de ce qui n’a plus à être conservé. Dossiers d’enfants partis depuis plus longtemps que votre calendrier de conservation, photos de l’an dernier, anciens formulaires papier dans une boîte. Une demi-journée par année, un destructeur de documents à moins de 100 $.
  5. Donnez les bonnes références aux familles. Un paragraphe dans l’infolettre ou une affiche à l’entrée : Cyberaide.ca pour signaler, Pensez cybersécurité pour les bons réflexes à la maison, les 12 conseils du Commissariat pour les parents. Quinze minutes, zéro dollar.
  6. Formez votre équipe une fois par année. Trente minutes en réunion sur l’hameçonnage, les mots de passe et les photos d’enfants, avec les ressources gratuites de Pensez cybersécurité. Cette heure protège plus de dossiers d’enfants que bien des gadgets.

Sources

Foire aux questions

In-Sec-M protège-t-elle les enfants en ligne?

Non. In-Sec-M est la grappe industrielle canadienne de la cybersécurité, qui regroupe des entreprises et institutions du secteur. Pour la protection des enfants en ligne, consultez plutôt le Centre canadien de protection de l’enfance, qui offre notamment Cyberaide.ca.

Comment la cybersécurité aide-t-elle les tout-petits?

En protégeant leurs renseignements personnels : dossiers d’inscription, informations médicales, photos et données familiales détenues par les services de garde et leurs fournisseurs. Une fuite peut mener à de la fraude d’identité ou exposer des situations familiales délicates.

Quelles ressources offrir aux parents?

Pensez cybersécurité, la campagne du gouvernement du Canada, pour les bons réflexes numériques à la maison, et Cyberaide.ca, du Centre canadien de protection de l’enfance, pour signaler l’exploitation en ligne.

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