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Cybersécurité Petite Enfance

Générale Par Eric Rousseau · 4 avril 2023 · Mis à jour le 31 octobre 2026 · 7 min de lecture
Deux mains ouvertes tenant des crayons gras dans des tons de bleu
En bref

Vérifiez que les logiciels et jeux pour enfants sont évalués par des organismes indépendants pour garantir leur sécurité et leur conformité aux normes.

Un produit « en cours d’évaluation », c’est un logiciel, une application ou un jouet connecté que quelqu’un d’indépendant a pris le temps de passer au crible avant que vous l’installiez dans votre milieu. Pour un service de garde, c’est une façon simple de protéger les enfants : plutôt que de se fier au discours du vendeur, on s’appuie sur une vérification faite par un organisme qui n’a rien à vendre. Et depuis la Loi 25, cette vérification n’est plus seulement une bonne habitude, c’est une obligation légale pour tout nouveau système qui touche des renseignements personnels.

Table de travail blanche avec un téléphone, un carnet ouvert, un crayon, des lunettes et un ordinateur portable

Avant d’installer une application, prenez le temps de l’évaluer : qui l’édite, où vont les données, qui l’a vérifiée.

Pourquoi évaluer avant d’installer

Dans un CPE ou une garderie, les outils numériques se multiplient : application de communication avec les parents, logiciel de gestion des présences, tablette pour les activités, caméra à la porte d’entrée, parfois même un jouet connecté reçu en cadeau. Chacun de ces produits collecte quelque chose. Le nom d’un enfant, sa photo, son allergie, l’horaire des parents, l’adresse du domicile. Une fois ces données dans un système mal conçu, elles peuvent sortir, et vous n’avez plus de contrôle.

Ce n’est pas une crainte théorique. En octobre 2025, l’application québécoise HopHop a été débranchée du jour au lendemain après la découverte d’une faille qui exposait les données de parents dans des centaines d’écoles et de services de garde. Vous pouvez relire ce que la faille a exposé dans notre article sur HopHop. Une évaluation sérieuse avant le déploiement aurait posé les bonnes questions bien avant.

Ce que dit la Loi 25 : l’évaluation est obligatoire

La Loi 25 impose aux entreprises québécoises, et les services de garde en font partie, de réaliser une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP) avant tout projet d’acquisition, de développement ou de refonte d’un système d’information qui touche des renseignements personnels. La Commission d’accès à l’information (CAI) décrit ces nouvelles obligations dans sa page sur les principaux changements apportés par la Loi 25. La même page rappelle que les renseignements d’un enfant de moins de 14 ans ne peuvent être recueillis sans le consentement du titulaire de l’autorité parentale, sauf si la collecte est manifestement à son bénéfice.

Et les conséquences d’un manquement ne sont pas symboliques. Selon la page de la CAI sur les sanctions, les sanctions administratives pécuniaires peuvent atteindre 10 millions de dollars ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, et les amendes pénales, 25 millions de dollars ou 4 %. Pour un petit milieu, l’enjeu réel n’est pas le montant maximal, mais la perte de confiance des familles si un outil mal choisi laisse fuir leurs données.

Qui évalue les produits destinés aux enfants

Plusieurs organismes indépendants font ce travail gratuitement. Le programme de confidentialité de Common Sense Media (privacy.commonsense.org) publie des évaluations détaillées des applications et plateformes éducatives : collecte des données, publicité ciblée, partage avec des tiers, sécurité. Au Canada, le Commissariat à la protection de la vie privée a publié des conseils sur les jouets intelligents : lire la politique de confidentialité, changer le mot de passe par défaut, désactiver le Wi-Fi, le Bluetooth, la caméra et le micro lorsque le jouet n’est pas utilisé, et ne jamais fournir la vraie date de naissance de l’enfant.

Un produit « en cours d’évaluation » dans le sens des fournisseurs, c’est aussi un produit dont la version n’est pas encore stabilisée. Soyez prudent avec les versions bêta et les « projets pilotes » proposés gratuitement : ce sont souvent les enfants de votre milieu qui servent de terrain d’essai.

Un exemple concret dans une garderie

Imaginons une garderie de 60 places à Trois-Rivières. Une éducatrice propose une application gratuite trouvée sur la boutique d’applications pour envoyer les photos du jour aux parents. La directrice, avant de dire oui, prend une heure pour vérifier : qui est l’éditeur, où sont hébergées les photos, que dit la politique de confidentialité, l’application est-elle évaluée par Common Sense ou par un organisme équivalent. Elle découvre que l’éditeur se réserve le droit d’utiliser les images « à des fins d’amélioration du service » et que les serveurs sont hors du Canada, ce qui déclencherait une EFVP formelle. Elle refuse, documente sa décision dans une note d’une page, et choisit plutôt un outil qui héberge les données au Québec et qui offre un contrat clair. Une heure de vérification, zéro photo d’enfant qui part à l’étranger.

Ce que ça change pour votre service de garde

  1. Dressez l’inventaire des outils numériques en 30 minutes. Sur une feuille ou un tableur, listez chaque application, logiciel, caméra et jouet connecté utilisé dans le milieu, avec le nom du fournisseur et le type de données touchées (noms, photos, santé, adresses). Sans inventaire, impossible d’évaluer quoi que ce soit. Coût : nul.
  2. Adoptez une règle simple : rien ne s’installe sans évaluation. Écrivez une politique d’une page qui exige, pour tout nouvel outil, une vérification par la direction ou le responsable de la protection des renseignements personnels (obligatoire selon la Loi 25). Comptez une demi-journée pour la rédiger et la présenter à l’équipe.
  3. Utilisez une grille d’évaluation en 10 questions. Où sont hébergées les données? Le fournisseur a-t-il un contrat qui encadre l’usage des données? Offre-t-il l’authentification multifacteur? Sait-il nous aviser en cas d’incident? Notre article 12 questions à poser à votre fournisseur de logiciel vous donne une base prête à utiliser. Une heure par produit suffit.
  4. Consultez les évaluations indépendantes existantes. Avant de tester vous-même, cherchez le produit sur privacy.commonsense.org et dans les publications du Commissariat à la protection de la vie privée. Si une évaluation existe, vous gagnez du temps et vous pouvez la joindre à votre dossier. Gratuit, 15 minutes par produit.
  5. Faites une EFVP écrite quand le projet le demande. Pour un nouveau logiciel de gestion ou une application qui traite les dossiers des enfants, documentez les risques, les mesures et la décision. La CAI offre un guide gratuit. Pour un petit milieu, un document de 3 à 5 pages préparé en une journée est réaliste ; un accompagnement externe coûte généralement entre quelques centaines et quelques milliers de dollars selon l’ampleur du projet.
  6. Passez les jouets connectés au même filtre. Changez le mot de passe par défaut, isolez-les sur un réseau invité, désactivez micro et caméra en dehors de l’activité, et refusez tout jouet qui exige le vrai nom et la date de naissance de l’enfant. Une heure par jouet, pas de frais.
  7. Révisez l’inventaire une fois par année. Les applications changent de propriétaire, de politique et d’hébergement. Inscrivez une révision annuelle à votre calendrier de gestion, en même temps que le renouvellement des assurances. Deux heures par année.

Sources

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un produit en cours d’évaluation pour les enfants ?

C’est un logiciel, une application ou un jeu vérifié par des organismes indépendants pour s’assurer qu’il est sûr, efficace et conforme aux normes de qualité pour les enfants.

Pourquoi choisir des produits évalués pour un service de garde ?

Cela garantit que les contenus sont adaptés à l’âge des enfants et qu’ils ne sont pas exposés à des contenus inappropriés, offrant une protection accrue.

Comment les organismes vérifient-ils la sécurité des produits ?

Ils vérifient la conformité aux normes de sécurité et de qualité, et s’assurent que les produits sont adaptés aux besoins spécifiques des enfants.

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