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Cybersécurité Petite Enfance

Faille de sécurité Par Eric Rousseau · 16 février 2023 · 11 min de lecture
Main qui tient un avion de papier devant la fenêtre d'un immeuble, au-dessus d'une ville
En bref

En février 2023, une garderie de Québec a annoncé par erreur une place à 148 familles pour 80 places. Voici comment éviter ce faux espoir.

Au début de février 2023, des dizaines de parents de la région de Québec ont cru tenir enfin la place qu’ils cherchaient depuis des mois. Un message leur annonçait que leur enfant était accepté dans une toute nouvelle installation de la garderie Esprit de famille, qui devait ouvrir ses portes à Sainte-Foy au printemps. Le même message était parti vers 148 familles. L’installation pourrait accueillir 80 enfants.

Le reportage ne fait état d’aucun piratage ni d’aucune fuite. Si nous en parlons ici, c’est que cette histoire touche trois choses qu’une direction de service de garde manipule chaque semaine sans toujours y penser : la liste des familles qui attendent, la confiance qu’elles vous font et l’équité de l’admission. Une erreur d’envoi, c’est souvent un seul clic. Ses effets, eux, se comptent en jours d’inquiétude pour des parents qui doivent planifier leur retour au travail.

Disons-le franchement : les faits publics sont minces. Un seul reportage, celui de TVA Nouvelles publié le 3 février 2023, décrit l’événement. Nous nous en tenons à ce qu’il rapporte et en tirons surtout des leçons de méthode.

Ce qui s’est passé

  • Mercredi 1er février 2023 : des parents reçoivent un message leur annonçant que leur enfant est accepté dans la nouvelle installation de la garderie Esprit de famille, à Sainte-Foy, dont l’ouverture est prévue au printemps (TVA Nouvelles).
  • Dans les jours qui suivent : les parents sont rapidement avisés que le message leur a été envoyé par erreur. Selon TVA Nouvelles, il est parti vers 148 familles, alors que la nouvelle installation pourra accueillir 80 enfants. Le cafouillage suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux.
  • Vendredi 3 février 2023 : TVA Nouvelles publie son reportage. Une copropriétaire de la garderie présente des excuses et parle d’un « bogue » dont la garderie veut éclaircir les raisons.
  • D’ici le 10 février 2023 : selon le même reportage, les parents des 80 enfants retenus doivent recevoir un courriel de la garderie. Les enfants seront choisis selon les critères habituels établis par La Place 0-5, dont l’ancienneté sur la liste et l’âge de l’enfant.

La cause technique n’a pas été rendue publique, à notre connaissance. Le reportage ne dit pas non plus par quel moyen le premier message a été envoyé, ni si les destinataires pouvaient voir les adresses des autres familles. Nous ne le supposerons pas, et nous n’attribuons l’erreur à aucun outil ni à aucun fournisseur.

Pile d'enveloppes blanches et stylo argenté posés sur un bureau brun
Une pile de messages prêts à partir : avant l’envoi, chacun doit aller à la bonne famille, avec la bonne nouvelle.

Les données et les informations en cause

Le reportage ne parle d’aucun vol de données. Ce qui était en jeu tient en peu de mots, mais pèse lourd.

  • Une liste de familles en attente. Le fait qu’un enfant figure sur une liste d’admission, avec le nom et l’adresse de ses parents, est un renseignement personnel au sens de l’article 2 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé : il concerne une personne physique et permet de l’identifier. Votre liste d’attente mérite donc les mêmes soins que vos dossiers d’enfants.
  • Une décision d’admission. Le calcul est simple et dur : même si les 80 places allaient toutes à des familles qui avaient reçu le message, au moins 68 d’entre elles apprenaient qu’une bonne nouvelle n’en était pas une.
  • Des projets de vie. Une mère interrogée par TVA Nouvelles s’inquiétait de son retour au travail prévu en mars, son congé tirant à sa fin.

Était-ce un incident de confidentialité au sens de la Loi 25 ? Pas nécessairement. La loi en vise quatre formes : l’accès, l’utilisation ou la communication non autorisés d’un renseignement personnel, et sa perte ou toute autre atteinte à sa protection (art. 3.6). Un message erroné envoyé séparément à des familles déjà inscrites ne révèle pas forcément quoi que ce soit sur les autres. Mais si les adresses étaient visibles de tous, si le message nommait d’autres enfants ou si une pièce jointe contenait la liste, la réponse change. C’est la première question à vous poser si une erreur semblable vous arrive.

Ce qu’en ont dit la garderie et les parents

Selon TVA Nouvelles, la copropriétaire de la garderie a reconnu que la situation était extrêmement décevante pour les parents. Elle a déclaré : « Aujourd’hui, ce qu’on veut, c’est présenter nos excuses évidemment. » Elle a ajouté que la priorité était de répondre rapidement aux parents, qui venaient de vivre une vague d’émotions intense dans un contexte de pénurie de places.

Une mère interrogée par TVA Nouvelles a décrit le choc d’apprendre que le message était faux, tout en refusant de jeter le blâme sur la garderie : « Je ne blâme personne, des erreurs, ça arrive de toute façon. » Ce qu’elle trouvait le plus difficile, c’était la rareté des places. Une autre, qui cherchait depuis des mois, s’inquiétait pour son retour au travail.

Nous n’avons trouvé aucune réaction publique du ministère de la Famille ni de La Place 0-5 sur cet événement, et aucun autre reportage que celui de TVA Nouvelles.

Ce que ça enseigne à un CPE québécois

Le moment de l’admission est l’un des plus sensibles de l’année. Les familles attendent souvent depuis longtemps, et chaque message porte une décision qui change leur quotidien.

L’équité repose sur l’ordre, pas sur le message. La Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance prévoit qu’un prestataire ne peut admettre un enfant qui n’est pas préalablement inscrit au guichet unique (art. 59.6), et qu’un CPE ou une garderie subventionnée qui veut admettre un enfant doit d’abord en aviser le ministre pour obtenir la référence d’enfants inscrits (art. 59.9). Autrement dit, ce n’est pas l’envoi qui choisit les familles. Un message trop large ne crée pas de nouvelle priorité : il crée des attentes que vous devrez ensuite décevoir, une par une.

Un envoi groupé se prépare comme un dépôt bancaire. On ne fait pas un virement de 80 000 $ sans vérifier le montant. Le nombre de destinataires d’un message d’admission est l’équivalent de ce montant : 148 au lieu de 80, cela se voit, à condition que quelqu’un regarde avant de cliquer.

La façon de corriger compte autant que l’erreur. Dans ce cas, la garderie a présenté des excuses publiques et, selon TVA Nouvelles, les familles retenues devaient être avisées par courriel d’ici le 10 février. Une famille vit plus facilement avec un « non » clair et daté qu’avec un silence. C’est un réflexe à préparer à froid, avant d’en avoir besoin.

Toute erreur de communication mérite une trace écrite. Si l’erreur constitue un incident de confidentialité au sens de l’article 3.6, la loi vous oblige à l’inscrire au registre (art. 3.8), puis à évaluer le risque de préjudice sérieux en tenant compte de la sensibilité du renseignement, des conséquences appréhendées et de la probabilité d’une mauvaise utilisation, en consultant votre responsable de la protection des renseignements personnels (art. 3.7). Sinon, une simple note interne datée vous aidera à éviter que ça recommence.

Ce que ça change pour votre service de garde

  1. Trois modèles de messages, trois noms bien distincts. Préparez un modèle pour « place offerte », un pour « toujours en attente » et un pour « pas de place cette fois ». Donnez-leur des objets et des noms de fichiers impossibles à confondre, et ne partez jamais d’un ancien message d’acceptation pour écrire autre chose. Délai : une heure de rédaction, à faire avant la prochaine période d’admission. Coût : nul.
  2. Comptez les destinataires avant d’envoyer. Pour tout message d’admission, une deuxième personne compare le nombre de destinataires avec le nombre de places offertes et signe une courte liste de contrôle (bon modèle, bonne liste, bon nombre, bonne date). Délai : dès le prochain envoi. Coût : cinq minutes par envoi.
  3. Testez sur une adresse interne, puis sur un petit groupe. Envoyez d’abord le message à une adresse de la direction pour vérifier le texte et la liste, puis à quelques familles seulement si l’outil le permet, avant de lancer le reste. Délai : immédiat. Coût : quelques minutes.
  4. Jamais d’adresses visibles. Écrivez aux familles en attente par la messagerie de votre logiciel de gestion ou par une liste de distribution qui envoie un message individuel à chacune, ou à tout le moins en copie conforme invisible (Cci). Le cas du YMCA de Medicine Hat et de ses 200 adresses en « À » montre ce que coûte l’oubli. Délai : 30 jours pour revoir vos habitudes. Coût : nul ou inclus dans votre logiciel.
  5. Activez le délai d’annulation et planifiez vos envois. Plusieurs messageries offrent quelques secondes pour annuler un envoi ; réglez-les au maximum. Programmez les messages d’admission un matin de semaine, quand l’équipe est là pour répondre aux appels. Délai : 15 minutes. Coût : nul.
  6. Gardez un message de correction prêt à partir. Rédigez-le à l’avance : ce qui s’est passé en une phrase, ce qui est vrai maintenant, la date à laquelle chaque famille saura où elle en est, et une personne à joindre. Ajoutez des excuses sincères, sans jargon. Délai : une heure. Coût : nul.
  7. Consignez l’erreur et évaluez-la le jour même. Demandez-vous si un renseignement personnel a été communiqué à la mauvaise personne, ce qui en ferait un incident de confidentialité. Si oui, inscrivez l’événement au registre, comme l’explique notre article sur le courriel envoyé au mauvais parent, et vérifiez s’il faut aviser les familles à l’aide des six mentions obligatoires de l’avis aux parents. Délai : le jour où vous découvrez l’erreur. Coût : une heure de travail de la personne responsable.

Pour situer votre liste d’attente dans l’ensemble du parcours d’une famille, de l’inscription au guichet unique jusqu’à l’entrée de l’enfant, lisez aussi le parcours des données d’un enfant, du portail d’inscription à l’admission.

Foire aux questions

La garderie Esprit de famille a-t-elle subi une fuite de données ?

Rien ne l’indique. Selon TVA Nouvelles, un message d’acceptation a été envoyé par erreur à 148 familles pour 80 places dans une nouvelle installation de Sainte-Foy. Le reportage ne mentionne ni piratage ni renseignements d’autres familles rendus visibles. C’est une erreur d’envoi, dont la cause n’a pas été rendue publique.

Une erreur d’envoi est-elle toujours un incident de confidentialité ?

Non. La Loi 25 parle d’incident quand un renseignement personnel est consulté, utilisé ou communiqué sans autorisation, perdu ou autrement compromis. Un message erroné qui ne révèle rien sur d’autres personnes n’en est pas forcément un. Si des adresses, des noms d’enfants ou une liste ont été vus par d’autres familles, il faut l’inscrire au registre et évaluer le risque de préjudice sérieux.

Comment écrire à toutes les familles en attente sans risque ?

Passez par la messagerie de votre logiciel de gestion ou par une liste qui envoie un message individuel, sinon par la copie conforme invisible (Cci). Faites vérifier le nombre de destinataires et le modèle choisi par une deuxième personne, et testez l’envoi sur une adresse interne avant de l’envoyer à tous.

Que dire aux familles quand on découvre l’erreur ?

Écrivez vite, simplement et avec des excuses sincères. Expliquez ce qui s’est passé en une phrase, ce qui est vrai maintenant, à quelle date chaque famille connaîtra sa situation et qui elle peut joindre. Selon TVA Nouvelles, les familles retenues devaient recevoir un courriel de la garderie d’ici le 10 février 2023.

Transparence

Ce blogue est publié par Amisgest Technologie inc., éditeur de logiciels pour les services de garde éducatifs. Les faits rapportés ici proviennent de sources publiques citées en fin d’article. Une erreur à signaler ? Écrivez à [email protected].

Sources

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