Coupez internet et Bluetooth immédiatement, ne payez jamais le chantage et faites appel à des techniciens spécialisés.
Vous venez de comprendre que quelqu’un est entré dans votre ordinateur ou dans un de vos comptes : un message de rançon à l’écran, des fichiers devenus illisibles, un courriel envoyé en votre nom. Les premières minutes comptent plus que tout le reste. Isolez l’appareil du réseau, ne payez pas, prévenez les bonnes personnes et laissez des spécialistes nettoyer avant de rebrancher quoi que ce soit. Voici, dans l’ordre, ce que le Centre canadien pour la cybersécurité recommande, adapté à la réalité d’un service de garde.
Un rançongiciel peut rester en dormance des jours avant de chiffrer vos fichiers : la première réaction compte.
Première minute : coupez tout, mais n’éteignez pas
Un pirate n’est presque jamais dans votre local ; il passe par Internet. Le réflexe le plus efficace consiste donc à isoler l’appareil touché : débranchez le câble réseau, désactivez le Wi-Fi et le Bluetooth, retirez la clé USB ou le disque externe. Le Centre canadien pour la cybersécurité, dans sa publication Rançongiciels : comment les prévenir et s’en remettre (ITSAP.00.099), ajoute une nuance que peu de gens connaissent : ne pas éteindre l’appareil une fois isolé, parce que la mémoire vive contient des preuves utiles aux spécialistes et à la police.
Isolez aussi ce qui est branché sur le même réseau. Le même document rappelle que certains rançongiciels restent en dormance et se propagent discrètement aux autres appareils connectés avant de chiffrer quoi que ce soit. Dans un service de garde, cela veut dire le poste de l’administration, la tablette des présences, l’imprimante et le disque de sauvegarde branché en permanence.
Ne payez pas, et sachez que la majorité ne paie pas
Le message de rançon vous presse de payer en cryptomonnaie avant une date limite, faute de quoi le montant augmentera ou vos données seront publiées. Le Centre antifraude du Canada est clair : effectuer un paiement ne garantit pas que vous récupérerez l’accès à vos fichiers ou à vos appareils. Payer finance aussi la prochaine attaque et vous identifie comme une victime qui paie. Et même si une clé de déchiffrement vous est remise, vous ne pouvez plus faire confiance à cette machine : le Centre canadien pour la cybersécurité recommande d’effacer l’appareil et de réinstaller le système d’exploitation avant de le remettre en service, précisément parce qu’un accès caché peut avoir été laissé derrière.
Les chiffres montrent que c’est faisable. Selon Statistique Canada, 13 % des entreprises canadiennes touchées par un incident en 2023 ont subi une attaque par rançongiciel, contre 11 % en 2021, et 88 % des victimes n’ont pas payé. Parmi celles qui ont payé, 84 % ont versé moins de 10 000 $. La même enquête évalue à 1,2 milliard de dollars les dépenses de rétablissement des entreprises canadiennes en 2023, le double de 2021. Un service de garde qui a des sauvegardes hors ligne et testées fait partie de ceux qui peuvent dire non. Le Centre de services scolaire des Appalaches, frappé deux fois, et le CPE du CHUL en 2016 montrent que la taille de l’organisation ne protège de rien.
Prévenez les bonnes personnes, dans le bon ordre
Si l’appareil sert au travail, la direction et le technicien doivent être prévenus immédiatement, même un samedi soir. Le Centre canadien pour la cybersécurité recommande ensuite de signaler l’incident à votre service de police et au Centre antifraude du Canada (en ligne ou au 1 888 495-8501), ainsi qu’au Centre lui-même par Mon cyberportail. Ces signalements aident à identifier la souche et, parfois, à obtenir un outil de déchiffrement gratuit.
Puis vient la Loi 25. Si des renseignements personnels ont pu être consultés ou copiés (dossiers d’enfants, fiches santé, coordonnées de parents, numéros d’assurance sociale d’employés), vous devez inscrire l’incident dans votre registre des incidents de confidentialité et, s’il présente un risque de préjudice sérieux, aviser la Commission d’accès à l’information et les personnes concernées (principaux changements de la Loi 25). Un rançongiciel qui chiffre vos fichiers est un incident de confidentialité, parce que les pirates copient généralement les données avant de les chiffrer.
Jouez franc jeu avec les spécialistes
Les techniciens auront besoin de savoir exactement ce qui s’est passé : quel courriel a été ouvert, quelle pièce jointe, quel site, quel mot de passe est réutilisé ailleurs, quelle clé USB a circulé. Personne ne cherche un coupable ; chaque détail que vous donnez raccourcit le nettoyage. Le Centre canadien pour la cybersécurité recommande aussi de réinitialiser toutes les phrases de passe des comptes et des appareils touchés, parce que les auteurs de menace conservent les identifiants volés pour des attaques futures, et de trouver le point d’entrée avant de rebrancher quoi que ce soit, sans quoi l’attaque recommence.
Un exemple concret dans une garderie
Imaginons une garderie de 60 places à Trois-Rivières. Un jeudi, l’adjointe ouvre une « facture » en pièce jointe. Rien ne se passe en apparence. Le lundi suivant, l’écran de l’ordinateur de l’administration affiche un message de rançon de 3 000 $ en bitcoins, et les fichiers de présences portent une extension inconnue. Dans la mauvaise version, la directrice redémarre l’ordinateur pour « voir si ça règle le problème », laisse le disque de sauvegarde branché, et découvre que les sauvegardes ont été chiffrées aussi. Elle paie, reçoit une clé qui fonctionne à moitié et ressaisit six semaines de données. Dans la bonne version, elle débranche le câble réseau et le disque, laisse l’ordinateur allumé, appelle le technicien, puis la police et le Centre antifraude. Le technicien confirme que la sauvegarde hors ligne de la veille est intacte, efface le poste, réinstalle Windows et restaure les fichiers. Mardi midi, la garderie fonctionne. L’incident est inscrit au registre, les parents sont avisés par lettre, et personne n’a payé.
Ce que ça change pour votre service de garde
- Affichez la procédure des cinq premières minutes. Une feuille plastifiée près de chaque poste : débrancher le réseau, couper le Wi-Fi et le Bluetooth, ne pas éteindre, ne pas payer, appeler la direction et le technicien. Trente minutes à préparer, aucun coût.
- Ayez une sauvegarde hors ligne et testez-la chaque mois. Un disque externe débranché après chaque sauvegarde, ou une sauvegarde infonuagique avec versions conservées. Un disque de 2 To coûte généralement moins de 150 $ ; un test de restauration prend vingt minutes. Voyez notre article sur les tests de sauvegarde.
- Rédigez un plan d’intervention d’une page. Qui appeler (technicien, police, Centre antifraude, Commission d’accès à l’information, assureur), où sont les sauvegardes, comment joindre les parents sans le courriel. Le Centre canadien pour la cybersécurité propose un guide gratuit, Élaborer un plan d’intervention en cas d’incident (ITSAP.40.003). Deux heures.
- Tenez le registre des incidents de confidentialité. Un tableau avec la date, la nature, les renseignements touchés, les mesures prises et l’avis donné ou non. Exigé par la Loi 25 ; quinze minutes par incident.
- Activez les mises à jour automatiques et la double authentification. La majorité des rançongiciels entrent par un courriel d’hameçonnage ou une faille non corrigée. Inclus dans vos abonnements ; une heure pour tout configurer.
- Faites un exercice de simulation une fois par année. Dix minutes en réunion d’équipe : « L’ordinateur affiche un message de rançon, qu’est-ce qu’on fait? » Ce qui est répété est fait sans paniquer.
- Vérifiez votre assurance. Demandez à votre courtier si votre police couvre les cyberincidents, les frais de rétablissement et les avis aux parents. Souvent un avenant de quelques centaines de dollars par année.
Sources
- Centre canadien pour la cybersécurité : rançongiciels, comment les prévenir et s’en remettre (ITSAP.00.099, janvier 2026)
- Centre canadien pour la cybersécurité : élaborer un plan d’intervention en cas d’incident (ITSAP.40.003)
- Statistique Canada, 21 octobre 2024 : incidents de cybersécurité dans les entreprises canadiennes, 2023
- Centre antifraude du Canada : rançongiciel
- Commission d’accès à l’information : principaux changements de la Loi 25
Foire aux questions
Que faire si je reçois un message de rançongiciel sur mon ordinateur?
Ne payez pas la somme demandée, car rien ne garantit la récupération des fichiers. Coupez immédiatement l’internet et le Wi-Fi pour bloquer la transmission des données.
Pourquoi ne faut-il pas payer le pirate informatique?
Payer valide le comportement du criminel et ne garantit pas la sécurité de vos données. De plus, les fichiers récupérés pourraient contenir des portes dérobées pour continuer à voler vos informations.
Comment aider les techniciens informatiques après un piratage?
Soyez totalement transparent sur les actions effectuées avec l’appareil. Plus vous donnez d’informations, mieux les spécialistes pourront sécuriser votre réseau et vos données.
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