Testez vos sauvegardes régulièrement pour vérifier leur intégrité, leur actualité et leur temps de restauration, afin d’éviter les pannes paralysantes.
Tester régulièrement vos sauvegardes est essentiel parce qu’une sauvegarde qu’on n’a jamais restaurée n’est qu’une hypothèse. Le test est la seule façon de savoir si les fichiers sont complets, s’ils ne sont pas corrompus, si la copie est assez récente et combien de temps prend une restauration. Dans un service de garde, cette information décide de tout le jour où un disque lâche ou qu’un rançongiciel frappe : soit vous rouvrez le lendemain, soit vous ressaisissez des mois de présences, de fiches santé et de relevés à la main.
Une sauvegarde qu’on n’a jamais restaurée n’est qu’une hypothèse : le test est la seule preuve.
Pourquoi une sauvegarde non testée ne vaut rien
Les sauvegardes échouent en silence. Un disque externe plein depuis trois mois, un logiciel de sauvegarde qui a perdu ses accès après un changement de mot de passe, un dossier déplacé que la sauvegarde ne suit plus, une copie infonuagique qui n’inclut pas la base de données du logiciel de gestion : dans tous ces cas, l’icône reste verte et personne ne s’inquiète. Le Centre canadien pour la cybersécurité le dit sans détour dans sa publication Sauvegarder et récupérer vos données (ITSAP.40.002) : il faut tester le processus de reprise au moyen de la sauvegarde régulièrement, ou dans le cadre d’un processus de vérification planifié, et décrire qui fait quoi pendant la reprise.
Le même document recommande la règle 3-2-1 : trois copies des données (l’original et deux sauvegardes), sur deux types de supports différents, dont une copie hors site, et il insiste pour qu’une copie soit conservée hors ligne, parce qu’un rançongiciel qui atteint votre réseau chiffre aussi les sauvegardes branchées en permanence.
Le rançongiciel, raison numéro un de tester
Un rançongiciel chiffre vos fichiers et exige un paiement pour la clé. La seule réponse qui ne dépend pas du bon vouloir des criminels, c’est une sauvegarde saine et testée. Le Centre canadien pour la cybersécurité note dans son Évaluation des cybermenaces nationales 2025-2026 que les incidents de rançongiciel qui lui sont signalés ont augmenté en moyenne de 26 % par année depuis 2021. Selon Statistique Canada, 13 % des entreprises canadiennes touchées par un incident en 2023 ont subi un rançongiciel, et les dépenses de rétablissement de l’ensemble des entreprises ont doublé, de 600 millions de dollars en 2021 à 1,2 milliard en 2023.
Les services de garde ne sont pas épargnés. En 2016, un CPE de Québec d’environ 70 enfants a vu son logiciel comptable chiffré et a refusé de payer ; en 2025, le Centre de services scolaire des Appalaches a été frappé une deuxième fois, avec fuite de données. Nous avons raconté ces deux histoires : le rançongiciel au CPE du CHUL et le CSS des Appalaches, frappé deux fois. Dans les deux cas, la question décisive a été la même : qu’est-ce qu’on peut restaurer, et en combien de temps?
Ce qu’un test de restauration vérifie
- L’intégrité : les fichiers s’ouvrent, la base de données du logiciel de gestion se charge, les photos ne sont pas corrompues.
- La complétude : tout ce qui compte est inclus, y compris les dossiers déplacés, le courriel, les documents de la direction et les données des applications infonuagiques.
- L’actualité : la copie date d’hier, pas de l’été dernier.
- Le délai : une restauration complète prend 20 minutes ou 6 heures? C’est le chiffre à connaître avant la panne, pas pendant.
- Les accès : la personne qui restaure a les mots de passe, les clés de chiffrement et les instructions, même si la direction est absente.
Si votre logiciel de gestion est hébergé par un fournisseur, le test vous concerne aussi : demandez-lui par écrit à quelle fréquence il teste ses sauvegardes, en combien de temps il peut restaurer vos données et comment vous pouvez en obtenir une copie exportée. C’est l’une des 12 questions à poser à votre fournisseur.
Un exemple concret dans un CPE
Imaginons un CPE de Rimouski. Chaque vendredi, l’adjointe branche un disque externe et lance la sauvegarde ; l’écran affiche « Terminé » et le disque retourne dans le tiroir. Un lundi d’hiver, l’ordinateur de l’administration ne démarre plus. Le technicien restaure la sauvegarde et découvre que, depuis un changement de dossier en septembre, elle ne contient plus que les documents anciens : les présences, les fiches de frais de garde et les relevés fiscaux en préparation des quatre derniers mois sont perdus. Trois semaines de ressaisie et des relevés 24 en retard. Dans la version corrigée, le CPE restaure un fichier au hasard chaque mois sur un autre ordinateur et une restauration complète deux fois par année ; le dossier manquant aurait été repéré dès octobre, en dix minutes. Le test coûte moins cher que n’importe quelle panne.
Ce que ça change pour votre service de garde
- Appliquez la règle 3-2-1 dès maintenant. Original sur l’ordinateur, une copie sur disque externe conservée hors ligne et sous clé, une copie infonuagique hors site. Un disque de 2 To coûte généralement moins de 150 $ ; le stockage infonuagique pour un petit milieu, quelques dollars par mois. Une demi-journée de mise en place.
- Faites un test de restauration partiel chaque mois. Un fichier et un dossier choisis au hasard, restaurés sur un autre poste, ouverts et vérifiés. Dix minutes, inscrites au calendrier de la direction avec une case à cocher.
- Faites une restauration complète deux fois par année. Sur un ordinateur de rechange ou une machine du technicien, chronométrée. Notez le temps obtenu : c’est votre délai réel de reprise. Deux à quatre heures.
- Gardez une copie hors ligne, toujours. Le disque de la semaine est débranché après la sauvegarde ; un rançongiciel ne chiffre pas ce qui n’est pas branché. Zéro coût, une habitude.
- Écrivez la procédure de reprise sur une page, et gardez-la hors ligne. Où sont les sauvegardes, les mots de passe et les clés de chiffrement, qui restaure, dans quel ordre, qui prévient les parents. Le Centre canadien pour la cybersécurité recommande que ce plan soit accessible même quand les systèmes sont en panne (ITSAP.00.099). Deux heures.
- Demandez par écrit à vos fournisseurs infonuagiques leurs délais de restauration. Et obtenez une exportation de vos données au moins une fois par année, conservée dans votre propre sauvegarde. Une heure de courriels.
- Tenez un journal des tests. Date, ce qui a été restauré, temps pris, problèmes trouvés et corrigés. C’est la preuve, pour la Commission d’accès à l’information comme pour votre assureur, que vous prenez des mesures de sécurité raisonnables. Cinq minutes par test.
Sources
- Centre canadien pour la cybersécurité : sauvegarder et récupérer vos données (ITSAP.40.002, juin 2024)
- Centre canadien pour la cybersécurité : rançongiciels, comment les prévenir et s’en remettre (ITSAP.00.099)
- Centre canadien pour la cybersécurité : Évaluation des cybermenaces nationales 2025-2026
- Statistique Canada, 21 octobre 2024 : l’incidence du cybercrime sur les entreprises canadiennes, 2023
- CSS des Appalaches, frappé deux fois : du rançongiciel de 2016 à la fuite de 2025
Foire aux questions
Pourquoi faut-il tester ses sauvegardes si elles sont déjà faites ?
Les tests révèlent les fichiers corrompus ou les divergences de données avant qu’ils ne deviennent critiques. Ils confirment que le système est fiable et prêt à restaurer vos informations en cas de sinistre.
Combien de temps prend une restauration de sauvegarde ?
Cela varie de quelques minutes à plusieurs heures selon la quantité de données et la vitesse du réseau. Tester le processus vous donne une idée précise du délai d’attente en cas d’urgence.
Quoi faire si une sauvegarde ne fonctionne pas lors d’un test ?
Vous devez corriger immédiatement les problèmes d’intégrité ou de configuration détectés. Cela permet d’éviter une perte de données majeure lors d’une vraie panne ou d’une cyberattaque.
À lire aussi

Protéger l’information au niveau de l’organisme (ITSM.10.097)
18 février 2023 · 8 min de lecture
Votre fournisseur de logiciel de gestion de service de garde : 12 questions à lui poser avant de lui confier les données des enfants
31 octobre 2026 · 11 min de lecture